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| | | Chamanisme Toltèque, les récits de Carlos Castaneda | |
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Schaemann

 Nombre de messages: 169 Localisation: Ici et nul part, partout et ailleurs Points: 1343 Date d'inscription: 28/07/2009
 | Sujet: Chamanisme Toltèque, les récits de Carlos Castaneda Mar 4 Aoû - 18:23 | |
| IntroductionCarlos Castaneda est né en 1925 en Argentine, où il a vécu jusqu’à son adolescence. Arrivé aux Etats Unis, il étudie l’anthropologie à l’Université de Californie de Los Angeles, où il donnera ensuite lui-même des cours. C’est dans le cadre de ses études qu’il entreprend au début des années 1960 des recherches sur l’usage du peyotl dans les rites chamaniques du nord du Mexique, notamment dans l’état de Sonora. Il souhaite appliquer une méthode analytique et protocolaire à son enquête, ce qui fournira la matière de sa thèse, publiée en 1968 sous le titre « L’Herbe du Diable et la Petite Fumée ». Dans cet ouvrage, il raconte sa rencontre avec le nagual Don Juan Matus, qui lui fait parcourir un chemin initiatique et parsemé de mystères que le jeune Castaneda s’évertue à aborder avec son esprit de chercheur. De cette confrontation de la "magie" et du rationalisme, on peut dire que Carlos Castaneda ne sort pas indemne. Dans son premier livre, il s’efforce de nier la "réalité" que lui fait voir et vivre Don Juan, et finit par rejeter ce qu’il a pourtant éprouvé. Ce premier livre a été à l’origine d’un grand nombre de polémiques, notamment concernant l’usage de substances psychotropes pour accéder à ce qu’il définit comme "des états modifiés de conscience". Mais de nombreuses personnes, préfigurant ce qui sera appelé quelques décennies plus tard le "new age", acceptent et mettent en pratique l’idée que l’usage de drogues ouvre la conscience et rend plus sage voire plus savant. Pourtant, Castaneda doute de l’évidence du rapport entre l’usage des drogues et la tradition chamanique à laquelle appartient le nagual Don Juan Matus. Assez éprouvé par ses premières expériences, il attendra plusieurs années avant de revoir le sorcier, et finira par entrer véritablement dans ce monde initiatique, rapportant son apprentissage de nagual dans les nombreux ouvrages qui suivront. Son troisième livre, intitulé « Le Voyage à Ixtlan » aborde maintenant les choses de manière plus ouverte, moins doctrinaire, bien qu’il soit toujours, d’après ce qu’il en rapporte et la manière dont il en parle, complètement dépassé par ce qu’il vit. Ses autres livres nous font partager sa progression initiatique, et nous présentent finalement deux mondes entre lesquels Castaneda navigue au gré des rencontres avec les condisciples de Don Juan Matus et les autres apprentis sorciers dont il est destiné à devenir le nagual. L’expérience de Castaneda est à ma connaissance assez originale, voire unique. En effet, c’est le témoignage d’un homme ordinaire confronté à une culture magique qu’il ne comprend pas, et investi de la mission de l’explorer et d’en faire témoignage par ses écrits. Sa production s’arrête avec un ouvrage assez mystérieux, intitulé « Le Voyage Définitif », dans lequel il dresse un bilan de sa vie, partage quelques unes des plus passionnantes révélations de son initiation, pour s’achever dans une incertitude entre la vie et le monde des morts.  Carlos Castaneda est décédé en avril 1998. Que faut-il néanmoins retenir de son expérience et de ses témoignages ?Cet article est intitulé « Le chamanisme des anciens Toltèques » alors que Castaneda ne cite pratiquement jamais ni le chamanisme ni les Toltèques dans ses livres.Il se refusait à cataloguer la tradition à laquelle il avait été initié selon les catégories et vocables de l’ethnologie classique : son expérience est atemporelle, moderne et traditionnelle, personnelle et universelle. Cela apparaît dans d’autres témoignages sur sa vie, notamment à travers ce qu’en disent Taïsha Abélar et Florinda Donner Grau dans leurs ouvrages. L’expérience initiatique de Carlos Castaneda est identifié à ce qu’on appelle le chamanisme. C’est en fait une forme de chamanisme, cette philosophie de la vie étant sans doute universelle, mais chaque région du monde et chaque peuple en ont créé une forme adaptée à l’espace et au temps. Ainsi, le chamanisme sibérien est-il nécessairement différent de celui du bassin amazonien dans ses formes et ses avatars, mais il y a à la base les mêmes schémas mystiques : un lien entre la Terre, l’Homme et le Ciel, et partout la présence "d’esprits", c’est à dire de formes de conscience "non organiques", pour reprendre les termes de Castaneda, avec lesquelles le chaman a mission de négocier pour garantir la survie du clan, de la tribu ou du peuple qui lui a confié cette tâche. Il existe des formes de chamanisme partout dans le monde, sans aucune exception, sur tous les continents, sous tous les climats et toutes les latitudes. Le chamanisme est intimement lié dans son expression à la Terre sur laquelle il apparaît, et pour l’aborder l’Homme doit se référer à une culture en lien avec la Terre qu’il habite. Le chamanisme des anciens Toltèques est donc ancré dans les grands espaces arides où ont vécu les Toltèques du Xème au XIIème siècle, avant de disparaître et être assimilés par de nouveaux peuples. La lignée des chamansDon Juan se présente comme l’héritier d’une "famille" ou d’un "clan" de sorciers dont les origines remontent à ces anciens peuples. Son expérience personnelle et celle de son prédécesseur, le nagual Julian, sont semblables à la plupart des traditions chamaniques : c’est l’esprit qui choisit le chaman, et le passage de l’état d’homme ordinaire à celui de chaman se fait par l’expérience douloureuse de la mort. L’apprenti est initié par un ancien, pendant des années, et son nouvel état le place en marge du monde ordinaire. Toutefois, la chamanisme moderne de Don Juan et de Castaneda n’est pas à proprement parlé vécu de manière marginale, comme l’ont parfois tenté des hommes et des femmes qui considéraient que l’accomplissement personnel et les liens avec la Nature imposaient de rompre avec la société. Si les hommes et femmes du clan de Don Juan ont bien une vie "magique" à l’écart du monde et de ses tribulations, ils ont aussi chacun une place bien intégrée dans la société. Ils ont un métier, tombent malades, font des rencontres, gèrent un patrimoine, conduisent des voitures et utilisent le téléphone. Mais en toutes circonstances ils gardent la conscience du sorcier, et ne peuvent jamais agir sans avoir pleinement la conscience de ce que leur action induit. Ils font donc preuve de ce que nous appelons la responsabilité ; chaque action doit être pesée, mesurée et acceptée dans ce qu’elle impose, ce qu’elle induit, aussi bien pour celui qui l’accomplit que pour celui qui la subit. L’état de sorcier, ou de chaman est donc tout d’abord lié à la conscience que rien de ce que nous accomplissons n’est gratuit, et qu’en chaque acte nous devons voir ses conséquences et les accepter. Un chaman doit avoir un comportement et une parole "impeccables". Ce terme est fondamental dans l’enseignement du nagual Don Juan Matus. Etymologiquement, il signifie "qui n’est pas un péché. Le chaman doit être suffisamment conscient de ce qu’il accomplit pour garantir que cela ne sera pas une faute, et cela implique l’existence d’un code définissant ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Pour le chaman, ces règles ne sont pas issues d’œuvres humaines, prétendues intermédiaires entre Dieu et les hommes, il fonde ses choix sur ce que lui dicte "l’Esprit", c’est à dire que face à une décision à prendre il se réfère à des manifestations de l’Esprit. Ces manifestations sont des signes, des événements plus ou moins visibles ou perceptibles, qui induisent dans l’esprit du chaman un message auquel il devra se conformer. Don Juan raconte comment il a été sauvé d’une mort certaine par le nagual Don Julian, dont l’attention a été attirée par les cris d’un faucon. Sans cette manifestation de l’Esprit, le nagual aurait continué son chemin, considérant que le sort de Juan Matus ne le concernait pas. Mais le sorcier écoute l’Esprit et agit toujours en accord avec Lui. Reste à chacun à comprendre ce qu’est l’Esprit et quels sont ses messages. La différence avec les prêtres, rabbin, imam ou autre ministre de culte actuel, c'est que le chaman n’est pas simplement un intermédiaire entre le peuple et les instances divines, car le lien ici est direct et sans protection entre lui et l’Esprit, sa manifestation peut projeter une force colossale et le chaman à de ce fait une plus grande liberté d’action mais, les risques en sont également plus grand. |
|  | | Schaemann

 Nombre de messages: 169 Localisation: Ici et nul part, partout et ailleurs Points: 1343 Date d'inscription: 28/07/2009
 | Sujet: Re: Chamanisme Toltèque, les récits de Carlos Castaneda Mar 4 Aoû - 18:25 | |
| La nature de l’Esprit
L’expérience de Castaneda ne fait pas vraiment mention d’un Esprit omnipotent et unique. L’Esprit serait l’expression du Destin apparemment, mais pas ce destin figé impliquant un déterminisme, plutôt un gigantesque plan universel où toutes les actions libres des créatures vivantes autant que les lois physiques s’imposant à la matière, s’associent pour faire évoluer le Monde. Le chaman, placé face à une décision ou une action à accomplir, aurait la possibilité grâce à ces diverses entités matérialisés de participer, d’accompagner ou de corriger la trajectoire globale de l’Univers, en apportant sa contribution au Temps ou Destin
Dans une situation tout à fait banale, tel qu’un litige entre deux personnes qui se disputent, le chaman prend en considération toute la mesure de l’enjeu entre les deux parties, car il considère que s’il est témoin de la scène, c’est à dessein, parce qu’il est nécessaire qu’il y assiste. Il n’y a jamais de coïncidence anodine dans la vie du chaman, s’il est interpellé par la situation, c’est qu’elle importe pour sa propre vie. Parmi l’immensité des options possibles, la raison ne pourra jamais lui permettre de décider quelle est la bonne. Il pourrait écouter son cœur, mais il agirait alors sous le coup de l’émotion, ce qui est encore pire que d’agir par raison. Il peut rester indifférent, mais il sait que rien n’est anodin dans la vie du chaman, il doit donc faire un choix. C’est alors qu’il se met en phase pour tenter de déceler dans cette situation ce que l’Esprit attend de lui. A ce moment précis où il s’interroge, il devra être aux aguets de tout ce qui se passe autour de lui. L’Esprit va, à ce moment et très rapidement, lui indiquer la marche à suivre et placer sur sa route des signes que le chaman devra déceler, et agir instinctivement de par son interprétation. J’ai un exemple tout simple : si pendant la dispute des deux personnes, un homme se met entre avec un journal, le chaman saura de ce fait qu’il n’aura pas à intervenir.
En ne respectant pas les indications de l’Esprit, le chaman ne commet toutefois pas de faute. S’il intervient alors que l’Esprit ne le lui avait pas recommandé, il crée une nouvelle situation, et va modifier la trajectoire de l’Univers. Impossible de prévoir les conséquences de son intervention , et sur conseil de l’Esprit ou contre son avis, il aura volontairement modifié le cours des événements dans plusieurs vies, avec des conséquences qui peuvent être énormes pour la société, voire le monde entier.
Intervenir ou ne pas intervenir dans la vie des autres sont des situations qui se présentent des dizaines de fois chaque jour pour chacun d’entre nous. On peut prendre des décisions qui ne concernent que quelques personnes, mais aussi parfois des millions d’individus. Mais surtout aucune de nos actions ou de nos décisions ne concerne que nous : nous ne sommes pas isolés du reste du monde, physiquement ou sentimentalement. Chaque acte que nous posons, chaque parole que nous prononçons, chaque décision que nous prenons nous confronte à l’autre, qu’on le veuille ou non. Le chaman, dans la tradition dont témoigne Castaneda, est une personne consciente de ces interactions permanentes, qui assume par avance les conséquences de ses actes. Le sorcier est un acteur qui ne relâche jamais son attention sur le monde et est en toutes circonstances à l’écoute de "l’intention". Nous comprenons donc qu’il est incontournable que le chaman adopte un comportement et une parole impeccables. Mais même plus, on peut dire que l’acte du sorcier est par définition un acte impeccable.
Évidemment, nul n’est parfait et nul ne peut aussi bien agir d’une manière irréprochable et assumer toutes les conséquences de ses actes. Nul, en fin de compte, n’a la possibilité d’appréhender toutes les nécessités du destin et d’obéir en toutes circonstances à l’Esprit. La tradition des anciens chamans toltèques, comme d’autres à travers le monde, a défini le concept du "guerrier", qui est la personne qui s’efforce de suivre l’Esprit pour guider sa vie. Ce vocable est souvent contesté par les rêveurs qui préfèrent considérer que suivre l’Esprit et le Destin revient à se laisser entraîner par le courant du monde et de vivre en paix avec soi-même et les autres. Certes, le guerrier est un homme de paix, mais il sait que la paix ne s’acquiert qu’en combattant les forces égotiques qui l’écartent du chemin qu’il doit accomplir.
Rôle du chaman
Le chaman est un élément indispensable aux sociétés anciennes qui vivent en lien avec les forces de la Nature. Il a une mission sociale : celle d’assurer le lien de la tribu, et d’intercéder auprès des esprits de la Nature pour garantir une certaine sécurité au clan. Le chaman a donc un devoir vis à vis de ceux qui le considèrent comme tel et lui accordent sa confiance, ce devoir est un combat de chaque instant. Dans les cultures traditionnelles, il a notamment la charge de lutter contre les maladies ou de trouver de la nourriture. Ce n’est pas un médecin, ni un chasseur, son rôle est d’accompagner les membres de la communauté qui sont chargés de ces tâches en demandant une aide salutaire aux forces qui les entourent. Dans la pratique et notamment grâce aux témoignages de Mircéa Eliade, Mario Mercier ou du russe Gavriil Ksenofontov, le chaman négocie avec les esprits pour éloigner la maladie ou découvrir un gibier. Il peut très bien obtenir satisfaction en pratiquant un échange, mais doit autant que possible rassembler suffisamment d'énergie pour s’imposer face à l’esprit.
Ainsi, au début du XXème siècle, Ksenofontov, parti à la rencontre des chamans de Sibérie, rapporte des témoignages sur ces "négociations" entre le chaman et les esprits, qui aboutissent avec des fortunes diverses. Face à la maladie, et notamment la variole qui faisait encore des ravages à cette époque, les chamans lui confient avoir rarement obtenu gain de cause sans sacrifier du bétail voire des membres du clan. Dans leur combat contre l’esprit de la maladie, ils n’ont eu d’autre choix que d’accepter qu’elle prenne des vies pour en sauver d’autres. Quant à Mario Mercier, il raconte à la fin de son ouvrage « Chamanisme et Chamans », comment lui et d’autres chamans ont combattu une maladie et sauvé une amie. Ceci est décrit de manière épique, empreint de symboles et de rituels complexes, avec lesquels le guérisseur doit se familiariser. La maladie est représentée sous la forme d’un animal, le corps qu’il infecte est la terre, le feu est la fièvre, l’eau représente la victoire sur l’affection, et elle balaye dans sa furie l’esprit de la maladie qui disparaît du corps de la malade.
Dans les traditions anciennes, le chaman n’est pas une personne qui s’autoproclame comme tel. Il est désigné par l’Esprit au clan ou au chaman déjà en fonction, qui assurera son initiation. L’apprenti découvrira vite qu’il n’a pas d'alternative, il ne peut échapper à son destin et doit s’y conformer. S’il refuse il ne vivra pas longtemps, torturé par les forces de la Nature qui ont détecté sa connaissance et sa faiblesse. Lorsque Castaneda rencontre Don Juan, il n’a aucune idée de ce qu’est vraiment le chamanisme, et il ne s’y intéresse pas pour lui-même : il est plus intéressé à connaître la manière d’utiliser le peyotl et l’usage qu’en font les indiens. Lorsque Don Juan découvre Castaneda, il ne peut pas se cacher la réalité des choses : c’est cet américain que l’Esprit lui désigne comme étant son successeur, il a vu cela des filaments lumineux qui ressortent du lien d’origine à la vie, au niveau du nombril, et ceux-ci « ressemblent à s’y méprendre aux filaments d’un Nagual », ce qui les a tous "fumé" car, ils croyaient qu'il étais déjà un Nagual. Le choc est grand pour les différents protagonistes, mais l’engrenage est inévitable, Don Juan devra initier un occidental qui ne comprend rien à ce qui lui arrive obnubilé par ses notes et ses nombreuses feuilles de papier et est « constamment au bord de la crise de nerf et de la panique ». |
|  | | Schaemann

 Nombre de messages: 169 Localisation: Ici et nul part, partout et ailleurs Points: 1343 Date d'inscription: 28/07/2009
 | Sujet: Re: Chamanisme Toltèque, les récits de Carlos Castaneda Mar 4 Aoû - 18:25 | |
| La quête de l’immortalité
Dans les sociétés traditionnelles, et peut-être même dans notre société policée et aseptisée, certaines personnes n’échappent pas à une destinée, qu’elle soit fatalité ou opportunité. Mais il y a autre chose qui mène le chaman sur la voie qu’il devra suivre. En effet, nous ne sommes que partiellement soumis à cette destinée évoquée auparavant. Nous avons évidemment, et c’est une chose importante dans la vision du chamanisme, une part de libre arbitre. Ainsi le chaman n’est pas uniquement un instrument du destin, il est aussi un acteur, voire un décideur. Don Juan Matus tente d’expliquer comment sa lignée de chamans est apparue, en des temps très anciens. Il ne fait en effet aucun doute pour lui que les premiers personnages de sa tradition sont partis en quête de quelque chose, et que c’est au cours de cette quête qu’ils ont rencontré l’Esprit et qu’ils ont appris à l’écouter.
Dans un de ses récits à Castaneda, Don Juan explique que c’est la quête de l’immortalité qui a conduit les chamans à écouter l’Esprit. L’idée est complexe, empreinte d’une mythologie et d’une cosmogonie qui ne nous sont pas communes, les anciens chamans avaient découvert que la mort survenait en conséquence de notre soumission aux forces de la Nature, aux autres individus ainsi que de notre éloignement de l’Esprit. Ainsi, pour vaincre la mort, les anciens chamans ont développé des techniques qui devaient les aider en plusieurs choses :
- Mieux écouter l’Esprit et se conformer à ses règles, notamment celle de la responsabilité. Le chaman doit donc constamment être attentif à ce qui l’entoure, avoir une vigilance de tous les instants, et s’efforcer de voir dans le futur ce qu’impliquent ses actes et ses paroles. - Etre le plus détaché possible des considérations égoïques. Pour le chaman, le premier adversaire c’est lui-même. Il doit éviter tout ce qui entretient "la bonne image qu’il a de lui-même", comme le résumait Don Juan. Dans cette optique, les sorciers doivent être le plus effacés possible de la société et prendre distance avec tout ce qui satisfait l’ego. A titre d’exemple, Carlos Castaneda refusait de se faire photographier et ne répondait que rarement à des interviews. Le fait qu’il ait publié de nombreux ouvrages a été un argument à quelques détracteurs pour pointer une contradiction avec ce principe de discrétion, mais acceptons de considérer que ce qui apparaît contradictoire à l’observateur ne l’est pas forcément selon les règles de l’Esprit !
Prolonger leur expérience du monde réel dans les rêves. C’est effectivement une grande partie de l’apprentissage de Castaneda et de ses condisciples : l’art de rêver. Le rêve n’est pas ici considéré comme nous le considérons communément, ce n’est pas une démarche de notre inconscient pour nous révéler des problèmes ou pour assimiler nos expériences. C’est une démarche volontaire, maîtrisée, par laquelle le sorcier agit au-delà du monde matériel. Acquérir une fluidité telle que le sorcier s’adapte à toutes les circonstances de la vie. C’est ce que Don Juan nomme "traquer", en référence à la chasse, où le chasseur (ou le prédateur) doit évoluer en discrétion et repérer le moindre indice d’une proie possible. Bien sûr, il y a bien d’autres techniques et d’autres recommandations dans l’enseignement de Don Juan, que vous pourrez découvrir dans les livres de Castaneda. Mais l’ensemble de ces techniques doit aboutir à économiser notre énergie vitale et à nous permettre de nous adapter à d’autres formes de vie. C’est ainsi que Don Juan prétend que d’anciens sorciers se sont transformés en arbre pour échapper à la mort. En fait, il semble que cet objectif des sorciers et des chamans soit des plus difficiles à atteindre, et surtout ... personne ne peut en témoigner.
Pour conclure, l’expérience de Carlos Castaneda témoigne sans aucun doute d’une possibilité pour chacun d’entre nous de vivre en plus grande harmonie avec le monde, la société, les autres et soi-même. C’est dans cet esprit que le groupe de Castaneda a créé la "tenségrité", qui regroupe les principales techniques "magiques" sur lesquelles s’appuyaient les anciens sorciers toltèques pour atteindre leurs objectifs.
Les préceptes de vie de la tradition chamanique, toltèque ou autre, ne sont pas réservés au chaman patenté et reconnu comme tel. A mon sens, ils sont destinés à chacun d’entre nous, quelles que soient notre situation et nos croyances. D’ailleurs Don Juan Matus prétendait que la voie de l’Esprit était ouverte à tous et qu’il n’était pas indispensable d’être initié ou désigné pour s’y conformer. C’est cette vision des choses notamment qui a amené Carlos Castaneda, Taïsha Abelar et Florinda Donner Grau à publier leur expérience et à rendre public les enseignements du nagual Don Juan. Ainsi, il semble que Carlos Castaneda ait été le dernier nagual de la lignée de Don Juan Matus, et qu’il ait eu la charge de clore la lignée en livrant l’enseignement des anciens chamans toltèques à tous. Je ne peux que vous encourager à aller plus loin dans la découverte de l’œuvre de Castaneda, et à y rechercher les signes que l’Esprit y aura disposé à votre propre attention. |
|  | | | | Chamanisme Toltèque, les récits de Carlos Castaneda | |
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